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    Vol. XVIII, No. 21 29 septembre 2014

    A LA CURIE

     

    CÉLÉBRATION D'ACTION DE GRÂCE PRÉSIDÉE

    PAR LE PAPE FRANÇOIS

     

    Le samedi 27 septembre, le Pape François a présidé une célébration d'action de grâces à l'église du Gesù à Rome, à l'occasion du bicentenaire du rétablissement de la Compagnie de Jésus le 7 août 1814 par la bulle Sollicitudo omnium ecclesiarum du Pape Pie VII. Depuis son élection, Jorge Mario Bergoglio, premier jésuite à accéder au siège de Pierre, s'est rendu au Gesù, église mère des jésuites, d'abord le 31 juillet 2013 à l'occasion de la fête de Saint Ignace, puis le 3 janvier de cette année à l'occasion de la canonisation de Pierre Favre, l'un des premiers compagnons d'Ignace. En outre, durant sa visite au Centre Astalli pour les réfugiés, le 10 septembre 2013, le Pape s'était arrêté auprès de la tombe du Père Arrupe, ancien Général des jésuites, enterré dans la même église.

    La cérémonie, réservée aux jésuites et à un petit nombre de leurs collaborateurs laïcs les plus proches, s'est déroulée dans la plus grande simplicité, dans une atmosphère familiale. Un moment hautement symbolique fut celui où furent déposées sept lampes devant l'icône de la Madone de la Strada, car c'est devant celle-ci que prièrent Saint Ignace et les premiers compagnons et à son intercession que se confient nos Pères et Frères partant en mission au service de l'évangile en toute partie du monde. Les sept lampes représentent les six conférences mondiales : Afrique et Madagascar, Amérique latine, Asie méridionale, Asie-Pacifique, Europe et Etats-Unis. La septième représente la Curie Généralice. Les lampes furent portées par autant de jésuites des divers continents.

    Le Père Général, par une brève allocution, a remercié le Pape et lui a renouvelé la disponibilité de la Compagnie à servir l'Eglise et le Vicaire du Christ, le souverain Pontife. En concluant la célébration, le Pape François a symboliquement remis le livre de l'Evangile aux mains du Père Nicolás, lui rénovant ainsi la mission d'annoncer la Bonne Nouvelle au monde entier.

     

    Ici de suite le discours du Pape.

     

    Chers frères et amis dans le Seigneur,

     

    La Compagnie qui porte le nom de Jésus a vécu des temps difficiles de persécution. Durant le généralat du Père Lorenzo Ricci « les ennemis de l'Eglise parvinrent à obtenir la suppression de la Compagnie » (Jean Paul II, Message au Père Kolvenbach, 31 juillet 1990) de la part de mon prédécesseur Clément XIV. Aujourd'hui, nous souvenant de son rétablissement, nous sommes appelés à nous remettre en mémoire les bienfaits reçus et les dons particuliers, à en faire mémoire, à en reprendre conscience (cf. Exercices spirituels, 234). Et aujourd'hui je veux le faire ici avec vous.

    Dans les temps d'épreuves et de tribulations monte toujours comme un nuage de poussières fait de doutes et de souffrances, et il n'est pas facile d'aller de l'avant, de poursuivre le chemin. Dans les temps difficiles de crise viennent surtout de nombreuses tentations : s'arrêter pour discuter sur des idées, se laisser emporter par la désolation, se concentrer sur le fait d'être persécuté et ne rien voir d'autre. En lisant les lettres du Père Ricci, un point m'a beaucoup touché : sa capacité à ne pas se laisser dominer par ces tentations et à proposer aux jésuites, dans le temps de l'épreuve, une orientation qui les enracinait encore plus dans la spiritualité de la Compagnie.

    Le Père Général Ricci, qui écrivait aux jésuites de son temps voyant l'horizon se charger de nuages, les fortifiait dans leur appartenance au corps de la Compagnie et à sa mission. Tel est bien le point : dans un temps de confusion et de trouble, il a discerné. Il n'a pas perdu son temps à discuter des idées et à se plaindre, mais il a assumé la vocation de la Compagnie. Il devait veiller sur elle, et il l'a prise en charge.

    Cette attitude a conduit les jésuites à faire l'expérience de la mort et de la résurrection du Seigneur. Perdant tout, jusqu'à leur identité publique, ils n'ont pas offert de résistance à la volonté de Dieu, ils n'ont pas résisté à l'adversité en cherchant à se sauver eux-mêmes. La Compagnie - et ceci est beau - a vécu l'adversité jusqu'au bout, sans l'atténuer : elle a vécu l'humiliation avec le Christ humilié, elle a obéi. On ne se sauve jamais de l'adversité par quelque ruse ou tactique de résistance. Dans la confusion et devant l'humiliation la Compagnie a préféré vivre le discernement de la volonté de Dieu, sans chercher une porte de sortie apparemment tranquille ou au moins élégante. Elle n'a pas fait cela.

    La tranquillité de surface n'apaise jamais notre cœur ; la vraie paix, qui est don de Dieu, le fait. On ne doit jamais chercher le « compromis » facile et on ne doit jamais avoir recours à des "irénismes" faciles. Seul le discernement nous sauve du vrai déracinement, de la vraie "suppression" du cœur que sont l'égoïsme, la mondanité, la perte de notre horizon et de notre espérance qui est Jésus, et seulement Jésus. Dans la phase de la suppression, le Père Ricci et la Compagnie ont ainsi préféré l'histoire à une possible « petite histoire» aux contours flous, sachant qu'il revient à l'amour de juger l'histoire et que l'espérance, même dans le brouillard - est plus grande que nos attentes.

    Le discernement doit être mené avec une intention droite, un regard simple. C'est pourquoi le Père Ricci, précisément en cette période de confusion et d'égarement, en vient à parler des péchés des jésuites. Il semble faire de la contre-publicité ! Il ne se défend pas en se percevant comme une victime de l'histoire ; il se reconnaît pécheur. Se regarder soi-même en se reconnaissant pécheur évite de se mettre dans la situation de se considérer comme une victime devant son bourreau. Se reconnaître pécheur, se reconnaître vraiment pécheur, c'est se mettre dans la juste attitude pour recevoir la consolation.

    Nous pouvons revivre brièvement ce chemin de discernement et de service que le Père Général a montré à la Compagnie. Lorsque, en 1759, les décrets de Pombal ont détruit les Provinces portugaises de la Compagnie, le Père Ricci a vécu cette opposition sans se plaindre ni se laisser aller à la désolation ; il a invité à la prière pour demander le bon esprit, le véritable esprit surnaturel de la vocation, la parfaite docilité à la grâce de Dieu. Quand, en 1761, la tempête gagnait la France, le Père Général a demandé de placer toute confiance en Dieu.  Il voulait que l'on profitât des épreuves endurées - qui nous conduisent à Dieu et peuvent servir à sa plus grande gloire - pour aller vers une plus grande purification intérieure ; puis il recommande la prière, la sainteté de vie, l'humilité et l'esprit d'obéissance. En 1767, après l'expulsion des jésuites espagnols, il continue à inviter encore à la prière. Enfin, le 21 février 1773 (presque six mois avant la signature du Bref Dominus ac Redemptor), devant l'absence totale de tout soutien humain, il voit à l'œuvre la miséricorde de Dieu qui invite ceux qu'elle met à l'épreuve à ne se fier en nul autre qu'en Dieu seul. La confiance doit croître précisément lorsque les circonstances nous jettent à terre. Pour le Père Ricci, l'important est que la Compagnie soit, jusqu'au bout, fidèle à l'esprit de sa vocation qui est la plus grande gloire de Dieu et le salut des âmes.

    La Compagnie, même devant sa propre extinction, est restée fidèle à la fin pour laquelle elle a été fondée. Pour cela, Ricci a exhorté, en conclusion, à maintenir vivant l'esprit de charité, d'union, d'obéissance, de patience, de simplicité évangélique, de vraie amitié avec Dieu. Tout le reste est esprit mondain. Que la flamme de la plus grande gloire de Dieu nous traverse aujourd'hui encore, elle qui brûle toute complaisance et nous enveloppe dans un feu que nous portons en nous, qui nous tourne vers l'intérieur et nous déploie au large, qui nous fait grandir et nous rapetisse !

    Ainsi la Compagnie a vécu l'épreuve suprême du sacrifice qui lui était injustement demandé en faisant sienne la prière de Tobie qui, l'âme accablée de douleur, soupire, pleure et puis prie : « Tu es juste, Seigneur, et justes sont toutes tes œuvres. Tous tes chemins sont miséricorde et vérité. Tu es le juge du monde. Maintenant, Seigneur, souviens-toi de moi et regarde-moi. Ne me punis pas pour mes péchés, pour mes erreurs et celles de mes pères. En violant tes commandements, nous avons péché devant toi. Tu nous as livrés au pillage ; tu nous as abandonnés à la déportation et à la mort, à être exposés à la risée, aux railleries et au mépris de tous les peuples au milieu desquels tu nous as dispersés. » Et il conclut avec la demande la plus importante : « Seigneur, ne détourne pas ton visage de moi » (Tb 3,1-4.6d).

    Et le Seigneur a répondu en envoyant Raphaël enlever les taches blanches sur les yeux de Tobie, afin qu'il voie à nouveau la lumière de Dieu. Dieu est miséricordieux, Dieu couronne de miséricorde. Dieu nous aime et nous sauve. Parfois le chemin qui conduit est la vie est étroit et resserré, mais l'épreuve - si elle est vécue à la lumière de la miséricorde - nous purifie comme un feu, nous donne tant de consolations et fait brûler notre cœur en lui faisant aimer la prière. Dans la suppression, nos frères jésuites furent fervents dans l'esprit et le service du Seigneur, joyeux dans l'espérance, fermes dans l'épreuve, persévérants dans la prière (cf. Rm 12,13). Ceci a fait honneur à la Compagnie - et certainement pas les célébrations à la louange de ses mérites. Il en sera toujours ainsi.

    Souvenons-nous de notre histoire : à la Compagnie "a été donnée la grâce non seulement de croire en le Seigneur, mais encore de souffrir pour lui" (Phil 1,29). Il nous est bon de nous rappeler de cela.

    La barque de la Compagnie a été agitée par les vagues, et il n'y a pas lieu de s'en étonner. La barque de Pierre peut l'être aussi aujourd'hui. La nuit et le pouvoir des ténèbres sont toujours proches. Il est dur de ramer. Les jésuites doivent être des « rameurs robustes et expérimentés » (Pie VII, Sollecitudo omnium ecclesiarum) : alors, ramez ! Ramez, soyez forts, même avec un vent contraire ! Ramons au service de l'Eglise ! Ramons ensemble ! Mais pendant que nous ramons - et nous ramons tous, le Pape aussi rame dans la barque de Pierre - nous devons beaucoup prier : «Seigneur, sauve-nous !», «Seigneur, sauve ton peuple !». Le Seigneur, même si nous sommes des hommes de peu de foi et des pécheurs, nous sauvera. Espérons dans le Seigneur ! Espérons toujours dans le Seigneur !

    Le Compagnie rétablie par mon prédécesseur Pie VII était faite d'hommes courageux et humbles dans leur témoignage d'espérance, d'amour et de créativité apostolique, celle qui est de l'Esprit. Pie VII a écrit qu'il voulait rétablir la Compagnie pour « subvenir de manière adéquate aux nécessités spirituelles du monde chrétien sans faire de différences entre les peuples et entre les nations » (ibid). C'est pourquoi il a donné l'autorisation aux jésuites qui existaient encore ici ou là grâce à un souverain luthérien et à une souveraine orthodoxe de « rester unis en un seul corps ». Que la Compagnie reste unie en un seul corps !

    La Compagnie a été tout de suite missionnaire et elle s'est mise à la disposition du Siège Apostolique, s'engageant généreusement « sous l'étendard de la croix, pour le Seigneur et son vicaire sur la terre » (cf. ugFormula Instituti, 1). La Compagnie a repris son activité apostolique avec la prédication et l'enseignement, les ministères spirituels, la recherche scientifique et l'action sociale, les missions et le soin des pauvres, des souffrants et des exclus.

    Aujourd'hui la Compagnie affronte aussi, avec intelligence et diligence, le problème tragique des réfugiés et déplacés. Elle s'efforce avec discernement d'intégrer le service de la foi et la promotion de la justice, en conformité avec l'Evangile. Je confirme aujourd'hui tout ce qu'a dit Paul VI à notre 32ème Congrégation générale et que j'ai moi-même entendu de mes propres oreilles : « Partout dans l'Eglise, même dans les champs d'activité de pointe et les plus difficiles, aux carrefours des idéologies, dans les secteurs sociaux, là où les exigences brûlantes de l'homme et le message permanent de l'Evangile ont été ou sont confrontés, il y a eu, il y a les jésuites » (cf. Insegnamenti XII (1974), 1181). Ce sont des paroles prophétiques du futur Bienheureux Paul VI.

    En 1814, lors du rétablissement, les jésuites étaient un petit troupeau, une "minima Societas" qui cependant, après l'épreuve de la croix, se savait investie de la grande mission de porter la lumière de l'Evangile jusqu'aux confins de la terre. C'est bien ainsi que nous devons nous percevoir aujourd'hui, c'est-à-dire : en sortie, en mission. L'identité du jésuite est celle d'un homme qui adore Dieu seul, aime et sert ses frères, montrant par l'exemple non seulement en quoi il croit, mais aussi en quoi il espère et qui est Celui en qui il a placé sa confiance (cf. 2 Tm 1,12). Le jésuite veut être un compagnon de Jésus, un homme qui a les mêmes sentiments que Jésus.

    La bulle de Pie VII qui rétablissait la Compagnie a été signée le 7 août 1814 en la Basilique Sainte Marie Majeure, où notre saint père Ignace a célébré sa première eucharistie en la nuit de Noël 1538. Marie, Notre Dame, Mère de la Compagnie, sera émue de nos efforts pour être au service de son Fils. Qu'elle nous protège et nous garde toujours.

     

    (Original: italien)