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    Vol. XVI, N. 17 29 octobre 2012

    Le Père Général

     

    RÉFLEXIONS SUR LE SYNODE DES EVÊQUES

     

    Le Père Général a participé au récent Synode des Evêques sur « La nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne ». Nous lui avons demandé de nous faire part de ses impressions. Voici ses réponses.

     

    Je dois avouer que j'éprouvais quelques craintes avant son ouverture. Je me demandais : Allons-nous nous mettre à parler encore des mêmes choses, ou serons-nous prêts à aller de l'avant avec courage et créativité ?

    La réalité a été mêlée. Je peux évoquer (1) quelques aspects positifs, inspirants et encourageants et (2) quelques insuffisances, qui signalent des domaines où l'Eglise, ou au moins les Evêques et autres Pères Synodaux, moi-même compris, ont quelque chemin à faire pour mieux prendre conscience des choses.

     

    1. On peut ranger les points positifs en trois catégories :

     

    a) Apports géographiques. Ceci se réfère à des présentations qui nous ont donné une bonne  vue des situations, des problèmes et souvent des souffrances de certains pays -la plupart au Moyen Orient, en Afrique ou en Asie. Un des meilleurs aspects d'un Synode est le simple fait que les évêques de nombreux pays ont la possibilité de communiquer et d'échanger librement entre eux sur leur expérience et leur façon de voir.

     

    b) Initiatives créatrices, spécialement celles qui se basent sur des projets de coopération, des réseaux ou des échanges internationaux, dans lesquels des laïcs et des mouvements sont fortement engagés. Tout ceci découvert non seulement dans les présentations lors des sessions plénières, mais surtout grâce à des échanges et commentaires informels sur ces initiatives en dehors des sessions.

     

    c) Réflexions sur les fondements, la signification et les dimensions de la nouvelle évangélisation. Ici, on peut noter de fortes convergences, entre autres points, sur :

     

    * l'importance et la nécessité de l'expérience religieuse (la rencontre avec le Christ) ;

    * le besoin urgent d'une bonne formation spirituelle et intellectuelle des nouveaux évangélisateurs ;

    * le rôle central de la famille (Ecclesia domestica), lieu privilégié de la croissance dans la foi ;

    * l'importance de la paroisse et de ses structures, qui ont besoin d'être renouvelées et de s'ouvrir de façon plus ample à l'engagement et au ministère des laïcs ;  

    * la priorité à l'évangélisation plutôt qu'à l'expression sacramentelle, comme Saint Paul le dit de lui-même, « envoyé évangéliser, et non pas baptiser ».

    * etc. 

     

    2.  Quant aux « insuffisances », on peut signaler les points suivants :

     

    a) La voix du « Peuple de Dieu » n'a pas de lieu où être entendue. C'est un Synode des Evêques et il n'y a dès lors pas grand chose de prévu pour une participation du laïcat, bien qu'un certain nombre d' « experts » et d' « observateurs » (auditores) soient invités. Cela m'a fait penser à la remarque de Steve Jobs disant que cela l'intéressait davantage d'écouter les clients que les producteurs. Au Synode, nous étions tous « producteurs ».

     

    b) Ainsi il était difficile de ne pas éprouver le sentiment que c'était un rassemblement d'Hommes d'Eglise affirmant l'Eglise, ce qui, en soi, est une bonne chose, mais pas exactement ce dont nous avons besoin au temps de la nouvelle évangélisation. Le risque est réel de produire encore la même chose.

     

    c) Manque de réflexion sur la première évangélisation, et de ce fait, peu de choses sur ce que nous avons pu apprendre de la longue histoire passée et de ses points positifs, comme aussi de nos erreurs. Cette omission pourrait avoir des conséquences très négatives.

     

    d) Faible conscience et/ou connaissance de l'histoire de l'évangélisation et du rôle qu'y ont joué religieux et religieuses. La vie religieuse a été parfois ignorée et à d'autres moments mentionnée seulement en passant. Ce n'est pas que les religieux aient besoin d'être davantage reconnus : j'exprime seulement ma crainte que l'Eglise risque de perdre sa mémoire.

     

    e) Peut-être le point le plus faible était-il la méthode employée, très proche de la manière dont nous conduisions nous-mêmes nos Congrégations générales. Mais j'ai l'espoir que la complexité des réalités et les besoins de l'avenir aideront l'Eglise à améliorer ses procédures pour porter de plus grands fruits apostoliques. 

     

    Vous comprenez que ce fut un temps de beaucoup de réflexion, d'apprentissage et de défis. L'invitation proposée par le Saint Père d'approfondir notre foi, peut nous aider à vivre la dimension la plus profonde de la nouvelle évangélisation. La réalité qui nous entoure est devenue beaucoup trop complexe pour que nous puissions y faire face individuellement, et le défi originel de notre mission, servir les âmes et l'Eglise, continue et devient même plus angoissant.

    C'est mon espérance que les jésuites vont répondre aux nouveaux défis avec la profondeur qui nous vient de l'appropriation de la spiritualité ignatienne et de l'étude sérieuse de notre temps.

    Je prie pour que les réflexions que conduiront nos communautés et nos apostolats pour l'Année de la Foi nous aident à renouveler notre esprit et notre mission.  

     

    Q. Dans votre intervention pendant le Synode, vous avez parlé des « signes européens de sainteté ». Que voulez-vous dire par là ? Ne sont-ils pas des signes chrétiens universels ?

     

    R. Naturellement. Les signes que nous cherchons chez un saint ont une valeur universelle et expriment différentes dimensions de la vie divine telle qu'elle se manifeste parmi nous. Nous parlons ici de la charité, de la compassion, du service de ceux qui souffrent, qui sont dans le besoin, la solitude, l'affliction. Ce que je veux dire est que nous nous sommes habitués à ces signes et que nous pouvons tendre à penser qu'il n'y en a pas d'autres. Si c'est le cas, est-ce que cela ne rend pas Dieu très limité, prévisible, et même réduit à la capacité européenne de « voir » les signes familiers de sa présence et de son action ? Sans doute d'aucune sorte, je maintiens que ces signes sont bons, crédibles et solides. Ma question portait sur ce que nous pouvons avoir manqué en ne découvrant pas d'autres signes, en n'étant pas surpris et admiratifs devant l'action créatrice de Dieu chez d' « autres », des gens de cultures, de traditions et d'appartenances ethniques différentes. Un peu avant Vatican II, le Père Jean Daniélou a écrit un livre intitulé « les Saints païens de l'Ancien Testament ». C'était un livre stimulant et inspirant, mais peut-être que ces Saints n'étaient pas si païens que ça, après tout.

     

    Q. Pouvez-vous nous donner quelques signes de ce que vous regarderiez comme une sainteté « asiatique » ?

     

    R. Avec plaisir. En fait, m'attendant à cette question, j'ai consulté quelques experts en Asie et je puis dire que cette consultation a été très fructueuse. Permettez-moi de donner quelques exemples : la piété filiale, qui atteint parfois des niveaux héroïques ; la recherche centrée sur l'Absolu, et le grand respect pour ceux qui sont engagés dans cette recherche ; la compassion comme manière de vivre, profondément conscients de la fragilité et des blessures de l'homme ; le détachement et le renoncement ; la tolérance, l'acceptation des autres et la générosité envers eux, la largeur d'esprit ; le respect, la courtoisie, l'attention aux besoins des autres ; etc.  Pour résumer, nous pouvons peut-être dire que si nous avions les yeux ouverts sur ce que Dieu fait chez les hommes (et les peuples), nous serions capables de voir beaucoup plus de sainteté autour de nous, et beaucoup d'entre nous se sentiraient poussés à vivre la vie de Dieu d'une manière nouvelle, qui pourrait être plus adaptée à ce que nous sommes vraiment, ou à ce que Dieu veut que nous soyons.

     

    Q. Comment se fait-il que les missionnaires, ou l'Eglise dans son ensemble, n'ont pas été capables de « voir » ces merveilleux signes comme l'œuvre de Dieu ?

     

    R. C'est très difficile d'expliquer pourquoi quelque chose ne s'est pas produit. On tend alors à fournir des explications qui peuvent être justes mais aussi bien des théories qui tombent complètement à côté. Peut-être que nous ne sommes pas à notre aise avec un Dieu des surprises, un Dieu qui ne suit pas nécessairement la logique humaine, un Dieu qui tire toujours le meilleur du cœur de l'homme sans faire violence au contexte culturel, à la religiosité des gens simples. Qui sait ? Nous affirmons avec enthousiasme la liberté de Dieu, mais ne lui laissons pas beaucoup de chance d'influencer nos vies... Ou bien nous avons peut-être « vu » ces signes, avec respect et même admiration, mais nous n'étions pas certains de leur signification ou nous ne savions pas élaborer de théorie à leur sujet.

     

    Q. Ce que vous dites, c'est qu'il y a de la « sainteté » hors de l'Eglise. Mais s'il y a de la « sainteté », ne devons-nous pas dire qu'il y a aussi le Salut ?

     

    R. Bien sûr ! Nous l'avons toujours su. Cela fait partie de la liberté de Dieu. Dieu est libre de faire ce qu'il veut avec son peuple (hommes et femmes), en toute situation et en tout contexte. Jésus n'a pas eu de difficulté à reconnaître chez un soldat romain païen ou chez une étrangère une profondeur de foi qu'il voyait manquer chez ses disciples. Mais je n'ai pas de théorie du salut, et vous pouvez laisser tomber la question suivante. Ma première préoccupation est de découvrir comment Dieu est au travail chez les hommes et de coopérer à son œuvre. Là, je ne peux pas me tromper. Avec les théories, par contre, si.

     

    Q. Selon vous, Père Général, de quelle manière l'Eglise devrait-elle exercer sa responsabilité pour apporter paix et harmonie au monde violent de notre époque, à la lumière de la nouvelle évangélisation ?

     

    R. Je suis convaincu que ce que nous faisons vient de l'intérieur, du plus profond de nous-mêmes. C'est le fruit de notre foi, de nos relations (y compris avec Dieu), de notre amour et de notre espérance. Si le moi profond est en communion avec le Dieu de paix, de justice et de compassion en qui nous croyons, notre vie, nos paroles et nos actes seront de paix, de justice et de compassion. Si le monde autour de nous devient plus violent, cela ne veut pas dire que nous le devenons nous aussi, mais qu'au contraire, notre engagement pour la paix et le dialogue, qui vient de notre cœur, en devient beaucoup plus pertinent, et proclame encore mieux l'Evangile en lequel nous croyons. Naturellement, cela prend beaucoup de formes diverses quand nous pensons à l'Eglise, et de nombreuses activités et initiatives vont venir des chrétiens engagés.