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    Vol. XIX, No. 17 20 octobre 2015

    LE PÈRE GÉNÉRAL


     

    Interview avec le Père Général Adolfo Nicolás

    L'Apostolat intellectuel

    12 septembre 2015

     

     

    Le 12 septembre 2015, le Père Général Adolfo Nicolás a parlé de l'Apostolat intellectuel au Père John Dardis, président de la Conférence jésuite européenne.

     

    Père Dardis :

    Père Général, merci de nous consacrer du temps. Quelle vision de nos facultés de philosophie et théologie, de nos universités, et de toutes nos revues culturelles dans ce domaine l'Eglise attend-elle de notre part ?

     

    Père Général :

    Plutôt que nous demander d'une manière abstraite ce qu'attendent de nous les évêques ou l'Église, nous devrions penser à ce que Dieu veut que nous fassions dans les universités. Parce que c'est cette sorte de discernement qui va un jour aider l'Église. Parfois les évêques pensent que les jésuites sont présents dans l'université et qu'aussi longtemps qu'ils y accomplissent un travail pastoral, c'est bien. Mais cela ne nous satisfait pas. Je pense que l'université est une institution sociale, comme ce fut très clairement dit en Amérique Latine. De plus, en tant qu'institution sociale, elle a une fonction envers la société, qui justifie pleinement la raison pour laquelle nous sommes dans l'université. Ce que nous voulons à travers l'université, c'est aider une société déterminée dans ses valeurs, ses perspectives, sa vision de ce qu'est le bien du peuple, etc. ; et donc, si nous sommes dans une université, nous devons tout le temps nous demander si nous remplissons cette fonction sociale. Et nous devons donc vérifier et contrôler comment nous la remplissons, tantôt à travers les étudiants, tantôt en regardant les résultats de notre éducation et l'orientation prise par nos étudiants, etc., et si nous ne remplissons pas une fonction sociale, alors nous devons penser à travailler quelque part ailleurs.

     

    Père Dardis

    A propos de cette question de la fonction sociale, nous sommes très engagés en philosophie et en théologie ; que dire de la politique, de l'économie, de la sociologie, de tout ce domaine ? Avez-vous un message sur cette question pour les provinciaux et les supérieurs majeurs ?

     

    Père Général :

    Même dans le passé, notre idéal a toujours été d'être présents là où les problèmes humains sont présents. Et certainement, les problèmes de l'humanité aujourd'hui ne sont pas d'ordre théologique ou philosophique. Par conséquent, nous devons préparer des hommes qui peuvent être présents, intelligemment présents dans les domaines actuels, qui sont les domaines de la politique, de l'économie, de la sociologie, de l'anthropologie, etc. Je pense donc que nos institutions doivent faire un effort soit pour préparer des jésuites, soit pour développer beaucoup plus la collaboration et la coopération avec les laïcs, de sorte que nous ayons le bon anthropologue, le bon sociologue ou le bon économiste à la bonne place. Et non pas quelqu'un seulement parce qu'il a un nom important ou autre chose de ce genre.

     

    Père Dardis :

    Et que dire de l'influence sur les hommes politiques, les leaders d'opinion, les journalistes. Encore une fois, nous avons cette grande ressource des facultés ; la philosophie, la théologie, l'université, etc. Estimez-vous que nous sommes assez ambitieux pour atteindre les gens qui peuvent réellement influencer les sociétés ?

     

    Père Général :

    Je pense que dans la Compagnie de Jésus on redoute la politique. Nous avons peur d'être mêlés à la politique, nous avons même peur des hommes politiques ; or les hommes politiques sont des gens comme vous et moi. Pourquoi ne pouvons-nous pas les inviter à dialoguer, à revoir la vision qu'ils ont de leurs devoirs politiques, etc. Et je pense que l'université est le meilleur endroit pour inviter les hommes politiques à un dialogue approfondi parce que les critères politiques du monde entier baissent peu à peu. Nous avons maintenant des hommes politiques qui se préoccupent d'un soutien politique, de la prochaine élection, ainsi de suite, et qui font très peu pour les gens, alors qu'on suppose que c'est leur charge principale. Un de mes amis que j'ai mis en contact avec le Père Michael Garanzini [Secrétaire pour l'Enseignement supérieur dans la Compagnie de Jésus] a suggéré que nous ayons des forums, que les universités jésuites, en particulier, soient des endroits où les hommes politiques puissent venir et parler. Et en fin de compte, peut-être dans deux ans, ces forums pourraient se développer en une sorte d'institut encore modeste mais ayant une claire fonction sociale. Et ces instituts pourraient se développer davantage selon ce que l'histoire ou les talents des Nôtres pourraient accomplir.

     

    Père Dardis :

    Au cours des deux dernières années, vous avez été un fan de l'E-learning (formation en ligne), et je pense que vous avez suivi un ou deux cours en ligne. Incontestablement la formation en ligne est quelque chose de très populaire en ce moment. C'est une façon de mettre en réseau les universités et les instituts supérieurs ; avez-vous des commentaires ou des suggestions sur la formation en ligne ?

     

    Père Général :

    D'abord mon intérêt pour la formation en ligne a été quelque peu marginal. Je n'ai pas suivi ces cours parce que je voulais développer la formation en ligne, mais plutôt par intérêt personnel. Un cours portait sur la justice, un autre sur la mondialisation. J'ai appris beaucoup certes sur le contenu du sujet lui-même, mais j'ai appris bien plus sur la pédagogie, sur la manière dont les professeurs s'y prennent avec les auditeurs. Le premier cours portait sur la justice et tel était bien son titre mais en réalité il traitait de philosophie de la politique - la philosophie politique. Mais [le professeur] réussit à avoir un auditoire énorme, plus d'un millier d'étudiants. Et il a eu cet auditoire pendant 30 ans. De plus il s'arrangeait pour que les étudiants communiquent entre eux. Et ce fut un enseignement important. Nous avons l'habitude de conférences, mais il y avait là une réflexion qui passait à travers la classe et qui était communiquée par des moyens numériques. J'ai beaucoup appris à ce sujet et je pense que nous pourrions faire cela. Pourquoi ne pouvons-nous pas développer des cours en ligne dans lesquels nous pourrions avoir les meilleurs théologiens ou les meilleurs philosophes ou les meilleurs en d'autres domaines, dans le monde et offrir un cours en CD ?

     

    L'accord que Harvard et le MIT [Massachusetts Institute of Technology] ont signé à Boston visait précisément, selon un des présidents, à former quiconque a un ordinateur. Par conséquent, il n'est pas question de gagner du prestige ou de gagner davantage d'argent, mais de répandre ce que nous avons reçu à de plus en plus de gens. Je pense que cela pourrait permettre à tant de gens d'accéder au savoir, que cela mérite notre effort.

     

    Père Dardis :

    Passons maintenant à la Spiritualité ignatienne ; il y a quelques années vous avez mis l'accent sur ce sujet. Vous avez dit que c'était un point important. Vous vous préoccupiez de la formation des jésuites dans ce domaine. Quel est votre sentiment à ce sujet aujourd'hui ?

     

    Père Général :

    J'ai le sentiment que nous devons aller au-delà de ce que nous avons actuellement. Actuellement, on a un peu de spiritualité au noviciat et on l'oublie ensuite jusqu'au Troisième an ; il ne faut pas qu'il en soit ainsi. Si nous voulons que les jésuites soient 100% jésuites, nous devons faire en sorte qu'au cours des années nos hommes aient accès aux sources de la spiritualité dont nous disposons. Un professeur de philosophie aux États-Unis m'a dit, « Je fais ce que vous jésuites devriez faire ». Il se réfère à saint Ignace dans les classes de philosophie : lorsqu'il traite d'herméneutique, les Exercices ont une intelligence du réel que très peu d'auteurs possèdent ; l'autobiographie illustre la mise en pratique de cette intelligence ; les lettres indiquent aux correspondants des principes concrets d'action ; les Constitutions incarnent au niveau du corps un système de valeurs. En d'autres termes, nous disposons chez saint Ignace de sources que nous n'exploitons pas, que nous n'utilisons pas, et pourtant elles pourraient apporter une grande aide.

     

    Nous devrions mettre nos scolastiques en contact avec ces sources pendant toutes les années d'étude, et pas seulement au commencement et à la fin.

     

    Père Dardis :

    Enfin si nous considérons les Maisons romaines, c'est de toute évidence pour vous une grande préoccupation ; c'est une mission du Saint-Père. L'Europe a traditionnellement donné tant de gens aux Maisons romaines et elle continue à le faire. Les chiffres sont en train de diminuer en Europe ; quels sont vos sentiments à ce sujet ? Les autres parties du monde sont-elles en mesure d'aider davantage ?

     

    Père Général :

    Je pense que la façon actuelle de réunir tous les professeurs célèbres d'Europe n'est plus gérable. Comme vous le dites, leur nombre diminue. Actuellement, dans les trois institutions que nous dirigeons à Rome, nous avons de plus en plus de Sud-Américains, d'Africains et d'hommes provenant d'autres parties du monde par rapport à ce qu'il en était auparavant. Ceci montre que les sources de sagesse ne sont pas limitées à l'Europe, Dieu merci. Il y a beaucoup d'autres sources de réflexion et des hommes de haut niveau et de grande intelligence qui peuvent donner vie à ces institutions. En même temps, nous devons penser à ce que sera le meilleur service de l'Église à l'avenir. Peut-être faut-il envisager un réseau d'institutions, pas nécessairement gérées par nous, mais qui du moins, puisque les papes les ont confiées à la Compagnie, soient munies de toutes les ressources dont nous disposons, pas seulement en Europe. Par conséquent, nous devons regarder au-delà de l'Europe.

     

    Père Dardis :

    Merci beaucoup, Père Général pour le temps que vous nous avez donné ; auriez-vous un mot final ou un message que vous désirez donner aux provinciaux et aux supérieurs majeurs ?

     

    Père Général :

    Oui, continuez à réfléchir car c'est là que nous allons rencontrer Dieu et là où nous allons rencontrer la sagesse. Je suis depuis quelque temps fasciné par la sagesse et c'est pourquoi je pense que nous devons connaître toute sorte de sagesse. Je suis en train de lire un livre récent du Père [Paul] Valadier, l'ancien directeur de la revue Études, sur la Sagesse et la Politique - la Religion et la Politique, et il est centré sur la recherche de la sagesse, et j'aime cela. Toutefois il mentionne seulement en passant que nous avons besoin de la sagesse de l'Asie, de la sagesse de l'Afrique, de la sagesse de l'Amérique latine. C'est pourquoi nous avons besoin de continuer à chercher et chercher et chercher.